[Long-Format]Les démocraties illibérales : un nouveau modèle controversé
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Les démocraties illibérales désignent des régimes issus d’élections libres mais qui affaiblissent progressivement l’État de droit, les contre-pouvoirs et les libertés fondamentales. Assumée par Viktor Orbán lui-même, popularisé par le politologue Fareed Zakaria la notion suscite un regain d'intérêt depuis une quinzaine d’années, puisqu'elle éclaire une évolution bien réelle : un glissement, qui interroge, et qui inquiète, sur l’avenir du modèle libéral.

Une démocratie illibérale, qu'est-ce donc vraiment ? On voit arriver ces dernières années un basculement de certaines démocraties dans l’ “illibéralisme”. D’après France Inter, l'illibéralisme est le rejet des principes de la vision libérale (en particulier politique et/ou sociale). Par antagonisme avec la notion de démocratie libérale, le terme est couramment décliné sous l'expression de "démocratie illibérale". Selon une autre définition de Le Monde, ces démocraties illibérales ont toutes un point commun : le populisme et possèdent également une volonté commune : affaiblir les démocraties et redonner la parole à la majorité silencieuse. Leur stratégie est également similaire, la plupart des chefs d’état des démocraties illibérales arrivent démocratiquement au pouvoir, en passant par des élections souvent conflictuelles. Pour convaincre les populations, les candidats procèdent par plusieurs étapes : tout d’abord, ils s’accordent à dire qu’ils sont la voix du peuple, ensuite, ils expliquent que le peuple est menacé de l’intérieur, menace face à laquelle ils seraient le seul bouclier, ils tendent donc à installer un climat de peur et donc la polarisation de la population (le but est de pointer un ennemi commun et d’unir l’électorat : cet ennemi peut être les immigrés, les LGBT, ...etc). Pour finir, la troisième étape consiste à se débarrasser de ces fameux ennemis : les juges, les médias et les universités et la recherche, qui sont souvent des contre-pouvoirs nécessaires à la démocratie. La démocratie illibérale est donc un processus au cours duquel la démocratie est conservée en apparence mais qui est vidée progressivement de son contenu libéral par des atteintes répétées à l’Etat de droit et par le sabotage des contre-pouvoirs. ________________________________________________________________________
L'apparition de ce type de régime : la Hongrie de Viktor Orbán

Lorsque nous pensons à un régime de démocratie illibérale, nous pensons irrémédiablement au système politique hongrois, qui fut parmi les premiers à se réclamer ainsi. Dans le contexte de la montée du national-populisme dans les années 2010, Viktor Orbán est dévenu le premier ministre hongrois le 29 mai 2010, poste qu'il occupe toujours aujourd'hui. Il s’agit du premier homme politique important à proposer la “démocratie illibérale” comme un avenir pour la politique occidentale et pour son pays. Orbán défend l’idée que la démocratie n’a pas besoin d’être libérale au sens classique (séparation stricte des pouvoirs, liberté absolue de la presse). Pour lui, la démocratie peut exister tout en donnant à l’État un rôle central pour préserver l’identité nationale. En effet, depuis son retour au pouvoir il y a 15 ans (il fut aussi premier ministre de 1998 à 2002), le Président du “Fidesz” a modelé les diverses institutions politiques pour les mettre au service de son parti. Il s’en est délibérément pris aux opposants qu’il qualifie de “punaises” ainsi qu’à la presse dont il limite la liberté en empêchant donc certains journalistes d’exercer correctement leur métier. Également, Orbán n’hésite pas à restreindre d’autres libertés lorsque celles-ci s’opposent à son idéologie. Nous pouvons ici faire allusion à la liberté de manifestation avec notamment l’interdiction de la marche des fiertés qui devait se dérouler initialement le 28 juin 2025. Dans ce sens, il est pertinent d’ajouter que certaines lois répriment des minorités telle que la loi de 2021, qui interdit la “promotion” de l’homosexualité et du changement de sexe auprès des mineurs constituant ainsi une discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Ainsi, si nous définissons l’illibéralisme tel que le rejet des principes de la vision libérale, nous observons explicitement que la Hongrie s’inscrit dans ce cadre, que Viktor Orbán bâtit depuis plus d’une décennie. Il a été le premier modèle, mais de nombreux autre pays ont suivi ce cheminement. ________________________________________________________________________
La reprise du modèle outre-atlantique : les États-Unis de Donald Trump

La période de la présidence de Donald Trump (2017-2021) a provoqué beaucoup de débats sur l’état de la démocratie américaine. Pour comprendre cette question, il faut rappeler que les États-Unis sont fondés sur des principes libéraux importants : la séparation des pouvoirs (entre le président, le Congrès et la justice), la protection des droits individuels, le pluralisme politique et des élections libres. Le système politique américain a été conçu pour éviter qu’une seule personne concentre trop de pouvoir. La question n’est donc pas de savoir si les États-Unis sont officiellement devenus une démocratie illibérale, mais plutôt si certains comportements sous Trump ont fragilisé les règles et les habitudes d’une démocratie libérale. La relation de Donald Trump avec les médias a été très critiquée. Il a souvent qualifié les journalistes et les médias critiques « d’ennemis du peuple ». Cela n’a pas supprimé la liberté de la presse, mais cela a renforcé la méfiance envers les médias et accentué la division dans le pays. Il y a aussi eu des tensions avec certaines institutions comme la justice ou le FBI, ainsi que des politiques migratoires très strictes. Pour certains observateurs, cela ressemblait à un style de gouvernement plus autoritaire. Cependant, les institutions ont continué à fonctionner : des tribunaux ont bloqué certaines décisions du président, les élections ont eu lieu normalement et la Constitution n’a pas été modifiée pour donner plus de pouvoir au président. En conclusion, la présidence de Trump n’a pas transformé les États-Unis en démocratie illibérale, mais elle a montré que les règles et les valeurs démocratiques peuvent être fragilisées et qu’elles doivent être protégées. Et cette opposition continue en ce moment même durant le second mandat de Donald Trump. ________________________________________________________________________
La version sud-américaine : l'Argentine de Xavier Milei

Un dernier exemple de démocratie illibérale est celui de l'Argentine. Depuis l’élection de Javier Milei le 10 décembre 2023, la démocratie argentine est confrontée à de nombreuses mesures qualifiables d’illibérales, de la part de son président. On peut par exemple citer l’exemple de la nomination de deux juges de la cour suprême par décret, sans suivre le processus habituel de validation parlementaire, assurant son souhait d’accroitre le contrôle gouvernemental sur la justice du pays. Cette dépendance de la justice envers le président peut s’avérer dangereuse pour la démocratie argentine, dans la mesure où elle rend plus facile pour Milei et son gouvernement de faire condamner des opposants ou des médias qui sont contraires à la ligne directrice du parti. De plus, depuis la guerre des Malouines et la fin de la dictature militaire en 1983, l’alternance entre mouvement péronistes et centre-droits au pouvoir, les crises économiques récurrentes et la méfiance systématique des citoyens argentin envers les institutions politiques compliquent encore ces rapports conflictuels entre le gouvernement et la justice.
De plus certaines libertés fondamentales comme le droit de manifester ont été largement menacée et contrainte. D’après l'organisation colombienne “Dejusticia”, toute action visant à entraver des routes peuvent être considérée comme un délit, et les organisateurs des manifestations peuvent être directement chargée du financement de la police lors de ces interventions. La ministre de la sécurité à même déclarée en conférence de presse : ”L’état ne va pas payer pour l’usage des forces de sécurité”. On rappelle aussi que Milei a supprimé de nombreux postes admnistratifs "à la tronçonneuse", notamment dans le social ou la culture, en vue de faire des économies notamment dans les dépenses publiques. Il faudra attendre la fin de son mandat pour faire les premières conclusions sur ses décisions économiques ; en tout cas il suit la ligne politique des démocraties illibérales. ________________________________________________________________________
Qu'en conclure ?
En définitive, l'émergence des démocraties illibérales ces dernières années à l'image des États-Unis, de la Hongrie ou encore de l'Argentine, mais aussi de la Pologne, de la Serbie... montre que la dégradation démocratique dans ces pays ne découle pas d'un coup de force mais plutôt d'un affaiblissement progressif des contres pouvoirs, des institutions et même une restriction de certaines libertés à l'encontre des minorités et des médias. Ces régimes illibéraux interrogent donc la solidité des principes fondamentaux que ce soit l'Etat de droit ou encore l'indépendance de la justice et le pluralisme politique. Cela nous rappelle donc que la démocratie ne se limite pas au seul exercice électoral. Elle repose également sur un équilibre institutionnel et sur la protection des libertés individuelles.
Ahmed A-H., Garance M., Ewann L., Louis R., Ennio R. et Nikola S., (T.1)


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